La flore bourguignonne commune est aussi en déclin

Publié par Bourgogne-Franche-Comté Nature, le 22 janvier 2026

L’effondrement de la biodiversité ne touche pas que les espèces rares : même chez les plus communes, les rangs se clairsèment, à l’image des fleurs des prairies et des champs de la région.

Qu’est-ce que l’Observatoire de la flore de Bourgogne ?

C’est un programme du Conservatoire botanique du Bassin parisien qui vise à suivre l’évolution de la flore sauvage commune à l’échelle de la Bourgogne sur le long terme. Deux campagnes ont été conduites dans ce cadre, la première entre 2009 et 2013, la deuxième 7 ans plus tard, entre 2016 et 2020. Grâce à un protocole inspiré de Suisse, tous les types d’habitats bourguignons ont été échantillonnés à travers plus de 1 400 placettes réparties sur le territoire de l’ancienne région. Les données ont ensuite fait l’objet d’une analyse poussée en partenariat avec le Centre d’écologie et des sciences de la conservation, un service du Muséum national d’histoire naturelle.

Pourquoi cibler la flore commune ?

Beaucoup de suivis s’intéressent à juste titre à la flore rare, mais il y a peu, voire pas d’informations sur l’évolution de la flore commune. Or ce pan de biodiversité a lui aussi toute son importance. La flore commune représente une ressource pour de nombreuses espèces, et elle peut par ailleurs potentiellement devenir la flore rare de demain. Étudier les cortèges d’espèces végétales qui occupent un même milieu, dits « communautés », renseigne en outre sur l’état des écosystèmes.

Des évolutions ont-elles pu être mesurées dans ce laps de temps ?

Oui. Les choses évoluent très vite et de manière significative, au regard à la fois des changements de pratiques des activités humaines et du changement climatique. Dans les milieux agropastoraux, on observe une baisse de la diversité floristique, qui n’a en revanche pas été constatée dans les milieux forestiers. Les régions naturelles qui sont les plus cultivées sont les plus touchées par l’appauvrissement : Bresse, Champagne sénonaise, plaine de Saône… Dans les champs, nous avons également constaté une raréfaction des espèces entomogames, c’est-à-dire qui sont pollinisées par les insectes, comme la Pensée des champs ou la Moutarde des champs, au profit d’espèces anémogames, pollinisées par le vent. Cette réalité a forcément des conséquences sur les populations d’insectes pollinisateurs que l’on sait également en déclin, un déclin qui pourrait d’ailleurs être la cause de celui des plantes entomogames. Le programme n’a pour l’instant pas pu se poursuivre faute de moyens, mais un autre type de suivi temporel devrait permettre d’obtenir de nouvelles tendances, cette fois-ci nationales.

Luc BERROD, Botaniste au Conservatoire botanique national du Bassin parisien, antenne de Bourgogne

Chaque campagne de relevés a reposé sur deux passages dans l’année afin de pouvoir identifier un maximum d’espèces selon leur saisonnalité. Le relevé printanier n’a pas mis en évidence de baisse significative de la diversité floristique, tandis que le relevé estival si. Ceci s’explique par les grosses sécheresses survenues par exemple en 2018 et 2020, qui ont entraîné la mort d’une grande part des végétaux qui n’étaient plus identifiables. Les prairies sont particulièrement affectées par ce phénomène. De ce fait, il y pousse davantage d’espèces annuelles, celles qui effectuent leur cycle de vie en seulement un an, alors que les vivaces telles que le Trèfle rampant ou le Trèfle des prés se raréfient. Cette évolution de la diversité impacte le fonctionnement des écosystèmes prairiaux, mais aussi leur intérêt agronomique, car la production de matière chute en même temps que les vivaces. Il y a moins de nourriture disponible toute l’année, au détriment notamment des troupeaux.