La flore messicole, un sauvetage entre les mains des agriculteurs

Publié par Bourgogne-Franche-Comté Nature, le 27 mars 2023   590

Dans le contexte actuel d’effondrement général de la biodiversité, les fleurs des champs déclinent de façon spectaculaire. Leur destin dépend désormais de l’engagement du monde agricole.

Qu’est-ce qu’une messicole ?

C’est une plante qui, sous nos latitudes, pousse dans les cultures. Avec une germination à l’automne et une fructification fin juin à mi-juillet, elle a un cycle de vie calqué sur celui des céréales. Les messicoles sont arrivées en Europe avec l’agriculture il y a plusieurs milliers d’années. Autrefois répandues, elles correspondent aujourd’hui à la part de la biodiversité végétale la plus en déclin en France. Leur raréfaction est due à l’évolution de nos pratiques culturales avec l’apparition des produits herbicides, le tri accru des graines et l’avancement des dates de récoltes. Sur les 137 espèces présentes en Bourgogne, 49 sont inscrites sur la liste rouge régionale des espèces menacées. 12 sont par ailleurs considérées comme déjà disparues. Parmi les messicoles figurent le Bleuet des champs et le Coquelicot royal, encore assez répandus bien qu’ayant subi une forte régression. D’autres espèces de coquelicots sont plus petites et rares. La Nigelle a quasi disparu de France, l’un de ses derniers bastions se trouve en Côte-d’Or. Les belles Adonis, dont il existe 3 espèces, ont quant à elles régressé jusqu’à 90 % en Côte-d’Or selon certains auteurs !

Quelles actions sont menées pour leur sauvegarde sur la région ?

Un Plan national d’actions fédère les recherches autour des messicoles. En Côte-d’Or, où le cortège de messicoles était historiquement le plus important de Bourgogne, la démarche est approfondie grâce au soutien du Conseil départemental et de la Chambre d’agriculture. À partir de données bibliographiques antérieures, des secteurs à enjeux sont activement prospectés par le CBNBP* (antenne de Bourgogne). La Côte dijonnaise et l’Arrière Côte sont les plus favorables, car les sols maigres fortement caillouteux y ont limité l’intensification des pratiques agricoles. De telles prospections bénéficieraient aussi au département de l’Yonne. Elles permettent d’améliorer les connaissances sur les répartitions, mais aussi de rencontrer les exploitants pour les sensibiliser sur les messicoles et leur proposer de faire évoluer leurs pratiques.

Comment favoriser les messicoles ?

L’absence de traitement herbicide épargne les pieds d’une destruction chimique. Se contenter d’un travail superficiel du sol évite d’enfouir trop profondément les graines et de les empêcher de germer. Le déchaumage tardif est l’une des mesures phares : en ne détruisant pas les restes des récoltes immédiatement, on laisse le temps aux messicoles, de moindre taille et donc restées indemnes, de se reproduire. L’utilisation de semences fermières non triées augmente leurs chances de multiplication. Une faible densité de semis réduit la compétition pour la lumière. Quant à la fertilisation organique, elle rend le sol plus riche et facilite donc la croissance.


Le mot de l'expert

Luc BERROD, Botaniste au CBNBP*, antenne de Bourgogne

Le monde agricole offre un très bon accueil à la thématique de la flore messicole. 24 exploitants côte-d’oriens dont 1 à 6 parcelles étaient concernées par des messicoles menacées ont jusqu’à présent été démarchés. Tous ont accepté de mettre en place des mesures favorables sur une portion de leurs cultures. Il n’y a aucune contrepartie financière ni obligation, tout repose sur leur engagement. Chaque année, le CBNBP* Bourgogne les contacte pour échanger sur les éventuelles contraintes rencontrées et les résultats, souvent largement positifs. Chacun peut constater que les messicoles ne sont pas un vrai frein pour les cultures. Beaucoup de parcelles à enjeux restent à découvrir. Les agriculteurs intéressés sont encouragés à se rapprocher du CBNBP* Bourgogne.


Pour en savoir plus

Pour connaître en détail le travail de protection de la flore messicole mené en Côte-d’Or, retrouvez un article de Luc BERROD paru dans le n° 33 de la revue BFC NATURE. Visitez aussi le site Internet du Plan national d’actions pour les messicoles : http://plantesmessicoles.fr.

Mini-glossaire

CBNBP : Conservatoire botanique national du Bassin parisien, service scientifique du Muséum national d’histoire naturelle.


Crédit illustration © Daniel ALEXANDRE