Les zones humides, des mal-aimées irremplaçables

Publié par Bourgogne-Franche-Comté Nature, le 4 janvier 2022   360

Asséchées, artificialisées, polluées, les zones humides sont encore peu choyées alors qu’elles offrent une mine de services aux écosystèmes et à l’être humain.

Pourquoi les zones humides sont-elles des écosystèmes stratégiques ?

À l’interface entre terre et eau, avec une eau dormante ou faiblement courante, elles abritent une biodiversité unique car strictement inféodée à ces milieux. Les zones humides sont extrêmement utiles du point de vue des services qu’elles assurent : lorsqu’elles sont acides avec de basses températures, elles ont de grandes capacités de stockage du carbone. La productivité des rivières dépend fortement d’elles, car beaucoup de poissons s’y abritent, s’y nourrissent, ou viennent y frayer. Les zones humides sont aussi des stations d’épuration naturelles, qui purifient l’eau en dégradant les contaminants. Elles constituent des stocks d’eau qui permettent de réduire les déficits lors des sécheresses hydriques et elles atténuent les crues.

Comment l’Homme impacte-t-il ces milieux ?

Nous avons tendance à percevoir les zones humides comme des gênes, ce qui nous amène à les détruire. En parallèle, nous construisons des écosystèmes aquatiques que nous imaginons à tort pouvoir les remplacer : gravières, barrages, stations d’épuration… Nous leur portons aussi atteinte par l’aménagement des rivières. En endiguant les cours d’eau pour produire de l’énergie, ou en coupant leurs méandres pour gagner de l’espace agricole, nous faisons disparaître les territoires alluviaux adjacents. Lorsqu’on empêche une rivière de divaguer latéralement, elle s’enfonce (on parle d’« incision »), et la nappe qui l’accompagne aussi, ce qui assèche les zones humides. L’extraction de granulats dans le lit mineur*, désormais interdite, précipitait ce phénomène. Pour nos bâtiments, opter pour des solutions de construction alternatives, comme le pisé, seraient préférables pour les zones humides ! La pollution, notamment par les engrais, les herbicides et pesticides, cause également de gros dommages, même si la recherche est insuffisante dans ce domaine par manque de financements. Le réchauffement climatique est bien sûr une menace majeure.

Quel état des lieux dresser des zones humides aujourd’hui ?

Les étangs agro-piscicoles artificiels sont nombreux en France et se portent assez bien lorsqu’une agriculture raisonnée est pratiquée à leurs abords. Ce n’est pas le cas des vallées alluviales, soumises à un grignotage du territoire, à des rectifications de cours d’eau et à une eutrophisation*. Les tourbières de montagne sont en quelque sorte sous perfusion, car nos usages d’autrefois, qui les généraient et les entretenaient, sont tombés en désuétude (retenues d’eau à flanc de colline dont le trop-plein coulait et formait de la tourbe, exploitée avec sa végétation). Des actions de restauration de tourbières sont menées, mais une agriculture raisonnée aux alentours (diminution de l’épandage de lisier, des produits phytosanitaires…) s’impose pour qu’elles puissent demeurer en bonne santé.


Le mot de l'experte

Gudrun BORNETTE, Directrice de recherche écologue à l’Université de Franche-Comté, Directrice de l’Unité Mixte de Recherche Chrono-Environnement

Quel lien y a-t-il entre zones humides et risques sanitaires ?

Une zone humide qui se dégrade devient potentiellement un réservoir de pathogènes. Les bactéries antibiorésistantes sont entrainées dans les zones humides par les rivières dans lesquelles elles sont déversées, mais elles n’y survivent a priori pas, et ne représenteraient donc pas un risque pour le moment. En revanche, d’autre pathogènes peuvent se développer, en particulier dans les eaux chaudes. Les pesticides peuvent aussi impacter les moustiques, eux-mêmes vecteurs de pathogènes, en réduisant temporairement leurs populations, au détriment des poissons et du reste de la chaîne alimentaire. Les moustiques étant cependant particulièrement adaptables, ils deviennent résistants à ces produits. Chaque nouveau produit génère tôt ou tard un effet de résistance. L’eutrophisation* provoque quant à elle des déséquilibres trophiques* qui favorisent par exemple les cyanobactéries.


Pour en savoir plus

Découvrez le centre de ressources en ligne sur les milieux humides sur : http://www.zones-humides.org et faites la connaissance des Pôles-relais zones humides : http://www.zones-humides.org/s-informer/les-poles-relais.

Mini glossaire

Eutrophisation : phénomène de développement anormal de la végétation et du plancton causé par un excès de nutriments (azote et phosphore essentiellement), altérant le fonctionnement du milieu et sa biodiversité.
Lit mineur : lit d’une rivière dans lequel celle-ci s’écoule habituellement, par opposition aux lits moyen, majeur ou lit majeur exceptionnel, qui correspondent au lit lors de crues.
Trophique : relatif à la nutrition des organismes.


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Crédit illustration ©Gilles Macagno