Embarquement pour un autre rapport à la nature
Publié par Bourgogne-Franche-Comté Nature, le 23 janvier 2026

Crise écologique planétaire et progrès scientifiques poussent à modifier notre vision de la nature pour un nouveau départ fait de respect et d’espoir.
Pourquoi est-il vain de vouloir restaurer la nature comme elle était « au bon vieux temps » ?
L’idée que « c’était mieux avant » implique de se questionner sur quand était ce « avant ». Fait-on référence à l’époque de nos grands-mères ? Au Moyen Âge ? Au début de la vie sur Terre ? Aucun état initial ne s’impose avec évidence. Qui plus est, nos réflexions sont parasitées par une conception religieuse selon laquelle notre planète serait apparue déjà toute faite et parfaite. C’est comme s’il semblait qu’il existait un grand « avant » homogène, auquel aurait succédé un « maintenant » radicalement différent. Par opposition à l’Histoire humaine, on a souvent l’illusion que la nature ne connaît pas de changements, or ils sont perpétuels, mais souvent plus lents ou discrets. Mais interrogez une personne âgée, et vous verrez qu’ils peuvent être majeurs à une échelle humaine. Pour protéger la nature, il ne faut pas tenter de la figer, mais viser une trajectoire en prenant en compte ses dynamiques.
Pourquoi remettre en cause la séparation entre espaces naturels et anthropisés ?
Sauvegarder des espaces sauvages prétendument vierges d’un côté, tout en négligeant de l’autre côté la nature dans les espaces où s’exercent les activités humaines n’a pas de sens, car tout s’inscrit dans un continuum. La nature est partout, et aucun lieu n’échappe à l’influence humaine : en témoignent le changement climatique, l’omniprésence des microplastiques, des polluants… Les parcs naturels ne couvriront jamais une surface suffisante pour représenter une protection efficace. Pour sauver la nature, et nous avec, une logique de cohabitation est indispensable.
Pourquoi nous considérer comme chanceux ?
L’Homme est à l’origine des crises actuelles, mais ses capacités de réflexion et de projection peuvent lui permettre d’en amoindrir les effets, s’il le décide. Nous avons intérêt à rejeter le fatalisme écologique, le faux scepticisme, et le relativisme qui insinue que tout se vaut, pour adopter des mesures avec humilité. On peut prendre l’image du navigateur sur son bateau, qui ne peut pas maîtriser les forces qui l’environnent et le dépassent, mais qui, grâce à son savoir, peut partiellement les infléchir et les conjuguer à son profit. Face au changement de l’environnement, préfère-t-on s’organiser, ou subir passivement, comme l’ont fait les dinosaures ? Certains acteurs politiques s’obstinent à penser comme des dinosaures, en s’arc-boutant d’ailleurs sur les énergies fossiles. Pourtant, les problèmes résultant du 20e siècle requièrent des solutions du 21e !

Frédéric DUCARME, Attaché honoraire au Muséum national d’histoire naturelle et Chercheur associé au Centre d’écologie et des sciences de la conservation
Il faut faire le deuil d’un état de nature idéalisé où l’humain vivait en harmonie avec la nature. Cette harmonie n’a jamais existé, elle relève de la théologie. Tout a toujours été question de lutte. Pour autant, il est aussi illusoire et dangereux de fantasmer un contrôle absolu de la nature. Il est nécessaire de cultiver un respect mutuel et d’arriver à trouver une certaine stabilité, un peu comme en relations internationales. Des moyens existent pour habiter la nature sans compromettre le futur. Ainsi, certains endroits sont soumis à une pression de pêche depuis des millénaires, mais ces prélèvements ne perturbent pas l’écosystème, voire participent à l’enrichissement de celui-ci. À l’inverse, la pêche par chalutage profond racle les fonds marins, provoquant des destructions totalement insoutenables. Tout est affaire de bonnes pratiques et de seuils, et c’est au droit de fixer les limites, sur la base de la science et dans un cadre démocratique ambitieux.
