L’agriculture de demain : place aux auxiliaires de culture

Publié par Bourgogne-Franche-Comté Nature, le 10 mai 2023   790

Face aux ravageurs, rien de mieux que d’inviter la diversité dans les champs !

Qu’est-ce que la lutte biologique ?

Elle consiste à utiliser des êtres vivants pour empêcher ou diminuer les dommages causés aux cultures par d’autres organismes. Il s’agit donc de favoriser les ennemis naturels des ravageurs pour réguler ceux-ci. Pour ce faire, on va notamment conserver et gérer les habitats afin d’offrir de meilleures conditions de vie aux auxiliaires de culture. Parallèlement, on va faire en sorte de défavoriser les ravageurs. Pour l’agriculteur, cela implique de ne plus raisonner seulement au niveau de la parcelle, comme en agriculture conventionnelle, mais au niveau du paysage entier, en réintroduisant de la diversité à tous les niveaux. La biodiversité est souvent perçue comme une contrainte car seul son aspect conservatoire est mis en avant, mais elle est bel et bien un atout pour l’agriculture, un facteur de production.

Comment favoriser les auxiliaires de culture ?

Il faut mettre en place ce que l’on nomme des « infrastructures agro-écologiques » (IAE), qui vont tout à la fois apporter des ressources alimentaires, servir de refuges et faciliter la reproduction des auxiliaires. Derrière ce terme d’« IAE », on trouve par exemple les haies, qui doivent mesurer au minimum 3 mètres de large, être composées d’essences locales variées, à feuilles persistantes et caduques, avec une floraison étalée sur les saisons, et être connectées entre elles pour former un maillage. On préconise aussi des bandes enherbées sans fertilisants ni traitements chimiques le long des champs et au milieu des parcelles de grandes cultures sur environ 2 mètres, ainsi que des bandes fleuries. Le choix des fleurs semées attirera différents types d’auxiliaires selon les besoins. On peut encore citer le maintien des herbes folles sur les bordures et le semis d’engrais verts.

Comment défavoriser dans le même temps les ravageurs ?

Il faut rendre les plantes cultivées plus vigoureuses et plus difficilement localisables par les ravageurs, ce qui réduira les risques de colonisation. On va ainsi choisir des variétés moins sensibles aux attaques et décaler la date des semis pour que le stade sensible de croissance des plantes ne coïncide pas avec la présence des ravageurs redoutés. On peut également allonger le temps de rotation des cultures, multiplier l’association de variétés voire d’espèces, réduire le travail du sol et l’emploi de fertilisants, ou encore recourir à des plantes pièges. Semer de la Moutarde noire ou un colza précoce sur le pourtour d’un champ de colza attirera ainsi le Méligèthe du colza, un coléoptère qui reportera ses attaques sur ces plantes fleuries plus tôt.


Le mot de l’experte

Geneviève CODOU-DAVID, Botaniste, Présidente de la Société des Sciences Naturelles de Bourgogne

Les effets délétères du modèle dominant basé sur l’agrochimie ne sont plus à démontrer. Il est cependant compréhensible que des freins existent au sein de la profession agricole pour évoluer vers un autre modèle. Cela implique un vrai changement de paradigme, qui va à rebours de la simplification des pratiques favorisée depuis le milieu du siècle dernier. Beaucoup d’études scientifiques sont actuellement menées pour éclairer les choix en matière de pratiques agricoles, en particulier par l’INRAE*. Elles consistent entre autres à évaluer précisément le service rendu par les auxiliaires. Il est souhaitable de développer la coopération entre chercheurs et agriculteurs pour une collaboration horizontale permettant de répondre aux questions provenant du terrain.


Pour en savoir plus

Dans le n° 33 de la revue BFC NATURE, retrouvez des explications sur les méthodes des scientifiques pour suivre l’impact des auxiliaires de culture, ainsi que de nombreux détails pour mettre en œuvre une conservation et une gestion des habitats.


Mini-glossaire

INRAE : Institut National de Recherche pour l’Agriculture, l’Alimentation et l’Environnement.


Crédit illustration : Daniel ALEXANDRE