Le surprenant menu du lapin

Publié par Bourgogne-Franche-Comté Nature, le 22 janvier 2026

Alors que la recherche révèle de jour en jour l’importance de notre microbiote intestinal, petit détour par celui d’un herbivore aux grandes oreilles somme toute pas si familier…

Qu’est-ce donc que la « cæcotrophie » chez les lapins ?

Environ 80 % des mammifères sont herbivores. Parmi eux, ceux qui ne sont pas ruminants ont, pour la plupart, du mal à dégrader le constituant principal de l’herbe, à savoir la cellulose. Les lapins ne sont pas des ruminants. Pour autant, ils disposent d’un système efficient qui leur a autrefois valu le qualificatif de « pseudo-ruminants ». Leur tube digestif court, 4,5 à 5 mètres chez l’adulte, comporte deux réservoirs, l’estomac et le cæcum (prononcer « sékomme »), qui renferment à eux seuls jusqu’à 80 % du contenu total du tube. Une valvule permet au bol alimentaire de progresser soit vers le cæcum, soit vers la suite du tube digestif. Le cæcum est à l’origine de crottes molles, les cæcotrophes, que les lapins ingèrent pour redigérer leurs aliments. Les lièvres, les musaraignes, les marmottes, les castors, et les chinchillas sont quelques-uns des autres herbivores à pratiquer la cæcotrophie.

Quelle est la différence entre crottes de lapin classiques et cæcotrophes ?

Les crottes dures et rondes des lapins que chacun connaît sont formées de débris végétaux secs. Elles n’interviennent pas dans le processus de cæcotrophie, qui repose sur la réingestion d’émissions particulières produites à cette seule fin, les cæcotrophes. Ceux-ci passent dans le colon sans modification. Chaque gramme contient plus de 100 millions de bactéries issues du système digestif, enveloppées de mucus, riches en protéines et en vitamines. Les cæcotrophes représentent un complément alimentaire vital pour le lapin.

Comment la journée du lapin s’organise-t-elle ?

Les crottes dures sont éliminées essentiellement lorsque l’animal est actif et mange, surtout la nuit, tandis que les cæcotrophes le sont quand le lapin est au calme, très précisément dans le courant de la matinée et au début de l’après-midi. L’émission la plus importante a lieu entre 5 heures du matin et 12 heures. Les cæcotrophes sont tous ingérés aussitôt sortis, ce qui explique que l’on n’en trouve pas trace, en dehors d’expériences de laboratoire.

Alain DELAVEAU, Docteur ingénieur, membre du Conseil scientifique du Parc naturel régional du Morvan
Le microbiote* digestif de l’herbivore joue un rôle majeur pour dégrader les molécules complexes des plantes. Le ruminant possède une poche où l’herbe séjourne, est régurgitée, puis finement broyée avant de retourner dans ce réservoir pour être attaquée par de très nombreux micro-organismes. Chez le non ruminant, la symbiose post-gastrique avec ces micro-organismes est moins efficiente faute de rumination et d’un long séjour fermentaire. Il est donc nécessaire soit de manger davantage, comme le cheval qui consomme 60 % de masse végétale en plus qu’une vache de même poids, et qui broute en conséquence 10 heures par jour, contre 8 heures chez le ruminant ; soit de récupérer une partie de la biomasse microbienne en adoptant un comportement alimentaire original, comme le lapin.