Des investigations instructives sur les papillons des tourbières du massif du Jura
Publié par Bourgogne-Franche-Comté Nature, le 22 janvier 2026
Pour contrer localement l’effondrement des effectifs subi nationalement par les papillons des tourbières, les gestionnaires approfondissent les savoirs sur ces insectes sur le massif jurassien.
Qu’est-ce qui vous a conduit à étudier davantage les papillons des tourbières du massif du Jura ?
Les tourbières du massif se limitent à de petites entités dispersées. Il y a une dizaine d’années, les gestionnaires se sont interrogés sur la meilleure approche pour les protéger, elles et leurs papillons menacés, en particulier sur les sites Natura 2000*. Raisonner à l’échelle d’une tourbière était-il suffisant ? Pour répondre, nous nous sommes focalisés sur 4 espèces patrimoniales, rares en France et représentatives des autres espèces. Nous avons souhaité mieux connaître leur écologie locale, leur aptitude à se déplacer d’un patch tourbeux à l’autre, et l’état de leurs populations.
Quels sont ces espèces et leur état ?
Le Cuivré de la Bistorte reste répandu sur le massif, tout comme la plante hôte dont se nourrit exclusivement sa chenille. A contrario, le Nacré de la Canneberge est extrêmement localisé, l’habitat de sa plante hôte, la tourbière bombée acide, y étant peu courant. En dehors d’un gros noyau sur la Vallée du Drugeon, près de Pontarlier, les populations du Fadet des tourbières sont très distendues. On a longtemps tenté de maintenir un habitat finalement peu utilisé par l’espèce dans le massif du Jura, car la plante hôte y est différente de celle décrite dans la bibliographie, qui se base sur des massifs granitiques du nord de l’Europe. Le Mélibée, moins exigeant quant à ses plantes hôtes, ne subsiste en France que dans le massif du Jura, où l’on recense 3 ou 4 noyaux de population.
Pourquoi avoir combiné dires d’expert et génétique dans vos recherches ?
En observant les papillons sur leurs plantes hôtes et en vol, les naturalistes fournissent beaucoup de données, qui sont cependant influencées par des facteurs tels que la météo, des biais observateurs, ou le fait que les déplacements dits « de dispersion » relatifs à la reproduction ne peuvent être suivis. L’outil génétique offre une excellente vision de la dispersion des espèces dans le passé, car il faut minimum 30 à 50 générations pour observer des changements génétiques, soit 30 à 50 ans pour ces espèces. Ces éclairages complémentaires apportent des résultats parfois inattendus. Ainsi, il apparaît que les populations du Fadet des tourbières ont un état de santé catastrophique avec une faible diversité génétique. En revanche, c’est l’inverse pour le Mélibée, contrairement à la tendance observée pour les autres populations nationales, qui se sont effondrées depuis 50 ans. Le Cuivré de la Bistorte montre de bonnes capacités de déplacement vers les milieux intermédiaires nécessaires à son cycle de reproduction.


Caroline DEQUIDT-KEBAILI, Docteure en écologie, bureau d’études BiodivConnect, et Pierre DURLET, Chargé de mission spécialiste des milieux tourbeux au Parc naturel régional du Haut-Jura
Ces études servent à adapter la gestion des tourbières, au bénéfice de l’ensemble de l’écosystème. Elles ont servi à établir un protocole de réintroduction du Fadet des tourbières en cours sur la Réserve naturelle nationale du Lac de Remoray. La diversité génétique que présentent encore certaines espèces de papillons n’est pas acquise. Toutes nécessitent des actions de conservation. L’histoire démographique, qui met en parallèle les changements climatiques depuis la fonte des derniers glaciers du Jura il y a 17 000 ans avec les événements démographiques des espèces, révèle que le climat n’a pas eu trop d’impact sur elles dans le passé proche. C’est l’action de l’Homme sur les milieux qui a causé leur déclin. Par contre, le changement climatique s’accélère, les sécheresses et canicules auxquelles va maintenant être exposé le massif du Jura les impacteront à court terme. Face à cette menace, il faut réduire les facteurs fragilisants. Une protection et un fonctionnement optimal doivent être assurés pour ces zones humides.
