La défunte violette de Cry, une pensée icaunaise restée vivace dans les mémoires

Publié par Bourgogne-Franche-Comté Nature, le 3 avril 2023   790

Si elle a depuis longtemps déserté les éboulis de la vallée de l’Armançon, la renommée petite plante fait toujours parler d’elle.

Qui est la Violette de Cry ?

C’est une espèce végétale aujourd’hui disparue qui était micro-endémique de l’Yonne, c’est-à-dire qu’elle poussait exclusivement sur une aire très restreinte située entre Nuits-sous-Ravières et Cry-sur-Armançon. Au moment où elle a été découverte, elle était déjà menacée par l’exploitation d’une carrière. Le déversement de déblais sur les éboulis calcaires ensoleillés qu’elle habitait a conduit à sa perte, précipitée par les prélèvements excessifs dont elle a fait l’objet par les botanistes de la fin du 19e siècle. L’histoire a retenu que le botaniste bourguignon Charles Royer l’a découverte, mais Eugène Ravin, directeur du jardin botanique d’Auxerre, l’a aussi revendiqué.

Comment est-elle passée à la postérité ?

Malgré près d’un siècle d’extinction, il est frappant de constater combien la Violette de Cry continue d’entretenir l’imaginaire et d’alimenter la chronique. Alors que la disparition des espèces liées aux actions de l’Homme est devenue un sujet tristement récurrent aujourd’hui, le cas de la Violette de Cry passionne toujours et fourmille d’anecdotes étonnantes. L’auteur à succès Didier Van Cauwelaert rapporte par exemple le témoignage d’un homme, alors jeune gendarme dans l’Yonne en 1930, qui aurait fait le cauchemar récurrent d’une violette appelant au secours dans un éboulis. Après enquête, le gendarme aurait tenté d’empêcher le projet d’extension de carrière qui la menaçait, en vain. En 2018, pour numériser une collection patrimoniale de l’Université Lyon 1, une campagne de financement participatif a mis en avant la Violette de Cry retrouvée dans d’anciens herbiers, notamment celui du Prince Roland Bonaparte…

Le retour de la Violette de Cry est-il envisageable ?

Les graines peuvent certes conserver très longtemps leur pouvoir germinatif. En 2016, le Muséum national d’histoire naturelle a conduit un programme soutenu par Sorbonne Université pour étudier les possibilités de restaurations d’espèces disparues en recourant aux graines conservées dans les herbiers. La Violette de Cry a fait partie de ce programme. Il est cependant peu probable que l’espèce puisse un jour réinvestir les pentes du Larris blanc où elle croissait autrefois, car le milieu tel qu’il existait s’est transformé. En 2015, les éboulis calcaires de la vallée de l’Armançon ont été classés Site Natura 2000*, bénéficiant ainsi d’une reconnaissance et de mesures de préservation qui profitent à d’autres espèces végétales rares, comme la Linaire des Alpes.


Le mot de l’experte

Geneviève CODOU-DAVID, Botaniste, Présidente de la Société des Sciences Naturelles de Bourgogne

La Violette de Cry n’est en réalité pas une violette, mais une pensée ! Violettes et pensées appartiennent au même genre botanique, Viola. Au sein de ce genre, les violettes possèdent deux pétales dressés et trois pétales dirigés vers le bas, tandis que les pensées ont quatre pétales dressés et un cinquième, plus grand, dirigé vers le bas. C’est bien le cas de la Violette de Cry, décrite comme détenant une grande fleur d’un beau violet et d’épaisses feuilles ovales. La Violette de Cry aurait été cultivée dans quelques jardins, où des formes hybrides seraient apparues. Une espèce proche mais velue, la Pensée de Rouen, est actuellement en danger critique d’extinction. Elle est pour sa part localisée sur les falaises crayeuses des vallées de la Seine et de l’Andelle.


Pour en savoir plus

Faites la connaissance d’autres anecdotes et détails sur la Violette de Cry dans le n° 34 de la revue BFC NATURE.

Mini-glossaire

Natura 2000 : réseau européen de sites naturels ayant une valeur patrimoniale et faisant l’objet d’une charte visant à leur protection.


Crédit illustration © Daniel ALEXANDRE