Une ère de changements pour les muséums
Publié par Bourgogne-Franche-Comté Nature, le 22 janvier 2026

Véritables « disques durs » de la nature jouant un rôle clé dans la compréhension du vivant et du non-vivant, les collections naturalistes et leurs gestionnaires sont actuellement en pleine mutation.
Quels bouleversements connaissent les muséums ?
Nés pour la plupart durant les trois derniers siècles, ils font aujourd’hui face à des évolutions de tous ordres : réglementaires, scientifiques, techniques, sociétales… Cela induit par exemple des protocoles de conservation plus poussés, parfois complexes à mettre en œuvre dans des bâtiments anciens, et de nouvelles façons de s’adresser aux publics. Des rénovations de parcours d’expositions permanentes ont ainsi récemment eu lieu, ou sont en cours, dans plusieurs villes de France, en lien avec les questions de société : muséums de Besançon, de Bordeaux, d’Orléans…
Quels sont les nouveaux enjeux inhérents à la recherche scientifique ?
Les muséums doivent constamment actualiser leurs connaissances sur les recherches en cours et répondre à des demandes de plus en plus précises. Les collections sont étudiées à travers des technologies innovantes telles que le séquençage ADN, la fluorescence, ou le CT-scan*. Par ailleurs, les données sont mises en relation de manière à mieux comprendre les caractéristiques environnementales passées. Chimie de l’environnement, interactions entre organismes, génétique des populations… aident à éclairer les changements actuels, notamment en vue de restaurations écologiques des milieux. En outre, la numérisation, l’open data et l’intelligence artificielle révolutionnent l’accès aux données et leur analyse à grande échelle. Enfin, les chercheurs explorent maintenant l’histoire même des collectes de spécimens et leur contexte.
Comment le cadre juridique influe-t-il sur la gestion des collections ?
De nombreux spécimens appartiennent à des espèces protégées, soumises à des réglementations nationales et internationales. La Convention de Washington, adoptée en 1973, impose aux établissements de prouver l’origine licite des spécimens. Pour que ceux-ci puissent être transportés ou exposés, des certificats doivent au préalable être délivrés par les DREAL*. Les registres anciens n’ont pas été conçus pour se conformer à ces exigences, et la reconstitution des preuves est complexe et chronophage. Parallèlement, beaucoup de chercheurs recourent aux collections pour étudier entre autres les insectes pollinisateurs et souhaitent dans certains cas effectuer des prélèvements. De telles analyses requièrent l’autorisation de comités d’experts au regard des détériorations qu’elles engendrent sur des spécimens patrimoniaux.

Apolline LEFORT, Conservatrice du patrimoine responsable du Muséum de Besançon
Les données naturalistes s’organisent désormais au sein de grands laboratoires numériques. La plateforme virtuelle Recolnat rassemble plus de 10 millions d’objets issus de 80 institutions, offrant aux chercheurs un accès à distance à des spécimens numérisés en très haute définition. Conçues pour être interopérables entre elles, les bases de données des gestionnaires de collections alimentent cet outil collaboratif. Des subventions et appels à projets soutiennent cet élan vers la numérisation. Adossé à Recolnat, le programme participatif « Les Herbonautes », quant à lui, permet aux citoyens d’enrichir les données d’herbiers en ligne. Bientôt, l’ensemble des données rejoindra DiSSCo, une plateforme européenne fédérant 23 pays autour d’une politique commune de conservation et de partage des collections scientifiques. En perspective, plusieurs dizaines de millions de spécimens consultables par tout un chacun !
