La Culture Scientifique sur le champ de bataille d'Alésia

Publié par Emmanuel Galliot, le 12 octobre 2022   1.8k

Donner à un large public le goût pour la science est un défi de taille. A l’occasion du prochain forum régional de la culture scientifique organisé par la Région Bourgogne-Franche-Comté, le Pavillon des Sciences et Université Bourgogne-Franche-Comté le 10 novembre, la parole est donnée à Laëtitia Martinez, vice-présidente de la Région Bourgogne-Franche-Comté (photo ci-contre), en charge de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Ce forum dédié aux acteurs de la médiation culturelle, musées, associations, universités et plus encore se déroulera au MuséoParc Alésia. Il consacrera sa quatrième édition à la mise en scène des savoirs afin de donner au plus grand nombre le goût pour la science et les savoirs.

   

Laëtitia Martinez, la Région organise la 4ème édition de son forum de la culture scientifique, technique et industrielle (CSTI). Quels sont les objectifs ?

Fruit de notre histoire industrielle, de la diversité de notre recherche, mais aussi de l’engagement croissant de la société civile en faveur d’une meilleure compréhension du monde, nous avons la chance d’avoir sur notre territoire un réseau dense et investi d’acteurs de la culture scientifique, que la Région soutient fortement.

Rendez-vous annuel des acteurs CSTI en Bourgogne-Franche-Comté, le Forum CSTI est un temps fort de la politique que conduit la Région en la matière. Il renforce le réseau des acteurs et ainsi participe à la diffusion de la culture scientifique sur l’ensemble du territoire régional.

En effet, le forum est avant tout un moment de rencontre et d’échanges qui permet de favoriser la connaissance des initiatives portées aux 4 coins de la Région, d’éviter l’isolement des structures, de développer une culture commune.

Cette journée permet également les partages d’expériences et de bonnes pratiques, mais aussi d’initier des partenariats et des projets collaboratifs.

    

Avec la crise sanitaire, la science a été très médiatisée et commentée par de nombreux experts de tous bords, rendant difficile de faire la part entre des informations exactes et les commentaires sans fondement scientifique. Le rôle des médiateurs scientifiques n’a peut-être jamais été aussi important qu’aujourd’hui ?

La crise sanitaire a mis la science et la parole scientifique sur le devant de la scène, tout en affichant une image loin des préconçus et surtout loin des certitudes que la vérité scientifique peut représenter. La science se construit par tâtonnements, par expérimentations et a toujours été le fruit de remises en cause et de concertations. Cela est d’autant plus vrai dans un contexte où on a demandé à la science de la réactivité dans un environnement des plus incertains. Durant cette période, en outre, d’aucuns se sont improvisés « experts » développant parfois des théories sans réel fondement scientifique. Tous ces éléments ont participé d’une grande confusion, allant même jusqu’à interroger la légitimité scientifique.

Il est donc plus que jamais essentiel de promouvoir la place de la science et de la raison dans notre société, de donner à chaque citoyen l’accès à une information scientifique solide, à des outils de compréhension du monde et de développement de l’esprit critique.

Là se situe l’enjeu des structures de culture scientifique, associations, muséums, institutions… favoriser ce lien fort entre les publics, les acteurs de la société civile organisée, les universitaires et les chercheurs, en défendant non seulement des faits avérés, reproduits, mais également la démarche scientifique garante de cette crédibilité et d’une rigueur expérimentale.

Le discours des structures de CSTI doit bien évidement considérer la contradiction et intégrer la discussion entre amateurs, experts et chercheurs, a fortiori dans un contexte d’engagement citoyen croissant face aux grandes transitions.

Enfin, la CSTI doit permettre d’ouvrir encore plus largement notre appréhension du monde, en touchant du doigt la démarche scientifique de création de la connaissance, et en imaginant le monde de demain fait de « ce qui n’existe pas encore ».

   

Pour cette quatrième édition, vous avez décidé de mettre la science « sur la scène », en vous appuyant sur des expériences réussies de théâtralisation, de scénographies ludiques … C’est le meilleur moyen de rendre les sciences accessibles au plus grand nombre ?

Je ne sais pas si c’est le meilleur, mais en tous cas c’est un très bon moyen, utilisé pour sensibiliser aux questions scientifiques. J’étais il y a quelques jours au Village des sciences au Creusot, organisé à l’occasion de la Fête de la science et sur chaque stand, les exposants ont développé des approches visuelles, ludiques et pédagogiques pour attirer les petits comme les grands. Ces approches ludiques, visuelles, voire immersives permettent de s’approprier plus facilement les connaissances, en rendant les spectateurs acteurs des démarches qui leur sont présentées. Elles sont d’ailleurs de plus en plus fréquemment utilisées y compris dans les pratiques professionnelles ; je pense aux escape game notamment.

En outre, en matière d’accessibilité des sciences, la mise en scène n’est pas nouvelle. En effet les premiers cabinets de curiosités naissent à la fin du 15ème siècle en France, en particulier à Fontainebleau, avec cette volonté de mettre en scène les savoirs. Ce sont ces mêmes cabinets de curiosités qui seront à l’origine des musées et d’une scénographie des collections pour pouvoir les présenter au public et en faciliter leur compréhension.

Les musées, les centres de culture scientifique, les médiateurs, les animateurs s’ouvrent à d’autres façons de mettre en scène les savoirs et les sciences en s’adaptant aussi aux nouvelles pratiques des publics, notamment numériques. Plus l’éventail de média est large - livres, podcasts, vidéos youtube, escape game, ateliers…, plus il est possible de susciter la curiosité et l’envie des publics.

   

La journée sera riche en témoignages. La nouvelle scénographie d’Alésia, l’arrivée des podcasts et de la réalité virtuelle, la création de jeux de sociétés scientifiques … Avez-vous vous-même un témoignage à apporter sur une expérience que vous avez vécue ces derniers mois au sein d’une structure qui diffuse la culture scientifique ?

J’ai la grande chance de m’être vu confier une délégation qui, par son périmètre, m’amène continuellement à apprendre, à découvrir, à m’intéresser à des domaines scientifiques extrêmement divers, et à mieux comprendre le monde qui m’entoure. Même si ce n’était pas l’objectif premier de la manifestation, j’étais vendredi dernier à la clôture du projet Mimedi, en lien avec la production de biomédicaments. Sur les différents stands, grâce à une approche très pédagogique, j’ai pu voir comment l’acoustique, les propriétés de l’or, les microtechniques… ont pu apporter aux biologistes toute une boîte à outils pour leur permettre d’avancer dans la production à plus grande échelle et à moindre coût de nouvelles biothérapies. Je retiens aussi les speed dating avec les chercheurs lors du Festival des jeunes chercheurs et leur présence dans les rues de Dijon le samedi après-midi pour échanger sur leurs travaux avec les promeneurs. Enfin, un petit clin d’œil à la Salle Richelieu de la BNF, qui a rouvert il y a quelques semaines, magnifique lieu de patrimoine, qui s’est aussi enrichie de grands écrans tactiles permettant de visualiser les collections par des approches originales et ludiques.

Propos recueillis par Xavier Ducordeaux et Emmanuel Galliot 

 

4ème Forum Régional de la CSTI "Les savoirs entrent en scène" - le 10 novembre au MuséoParc Alésia - 1, Route des Trois Ormeaux à Alise-Sainte-Reine

Retrouvez le programme complet en cliquant sur le lien ci-dessous :

programme Forum Régional de la CSTI 2022

Inscrivez-vous grâce au formulaire en cliquant sur le lien ci-dessous : 

Formulaire d'inscription au forum 2022 - MuséoParc Alésia

crédits photos : @ Jack Varlet, Sébastien Pitoizet