Les orties, au-delà du piquant

Publié par Bourgogne-Franche-Comté Nature, le 22 janvier 2026

Indésirables de prime abord du fait des brûlures qu’elles peuvent causer, les orties se montrent utiles par bien des aspects et méritent une place dans les recoins de chaque jardin.

Pouvez-vous nous présenter la famille des orties ?

Il s’agit de la famille des Urticacées, qui fait partie de l’ordre des Rosales, le même que la famille des roses. Il existe plus de 2 000 espèces d’Urticacées de par le monde. Beaucoup sont en Asie tropicale, ce qui suggère que la famille serait originaire de cette région. Ce sont principalement des herbacées, mais aussi des arbres, des arbustes et des lianes. Leurs fleurs sans pétales sont densément regroupées, ce qui facilite la pollinisation par le vent. Même s’il y a des exceptions, le caractère le plus partagé dans cette famille est le fameux poil urticant, disposé en plus ou moins grand nombre sur les feuilles ou les tiges. En France, les Urticacées sont peu représentées, avec 11 espèces, dont seulement 4 se trouvent en Bourgogne-Franche-Comté : la Grande ortie, l’Ortie brûlante, la Pariétaire de Judée et la Pariétaire officinale, ces dernières n’étant pas urticantes.

Qu’en est-il du genre Urtica ?

C’est celui qui compte le plus d’espèces. En France, c’est à ce genre qu’appartiennent la Grande ortie et l’Ortie brûlante, ainsi que trois autres espèces à répartition plus méditerranéenne. On trouve le genre Urtica dans des milieux très divers. La Grande ortie a d’importants besoins en phosphore et en azote, ce qui explique qu’on la trouve fréquemment le long des champs, dans les fossés, ou proche des habitations. Elle est souvent perçue comme une « mauvaise herbe », alors qu’il est possible de l’utiliser de multiples façons : en tant que légume vert, composant cosmétique, engrais horticole, plante dépolluante pour les sols et les eaux… Au 19e siècle, en Europe, la Grande ortie était cultivée comme plante à fibres, sa production allant jusqu’à 10 tonnes de fibres par hectare, contre 6,5 tonnes pour le lin !

Pourquoi peut-on dire que les orties sont une clé de voûte écologique ?

Oiseaux, escargots, mammifères… elles sont essentielles à énormément d’animaux, à la fois comme ressource alimentaire et comme habitat. En témoigne l’analyse des semences contenues dans leurs déjections, la Grande ortie est abondamment consommée par le Cerf élaphe, le Chevreuil, le Lapin commun, le Mulot des bois, ou encore le Castor européen. Et par les animaux domestiques, aussi : 70 % des semences retrouvées dans le crottin de l’Âne et 80 % de celui du Mouton commun correspondent à des orties ! En Europe centrale et méridionale, on considère que plus de 100 espèces d’insectes sont liées aux orties.

Johann LALLEMAND, Chargé d’étude préservation du patrimoine naturel au Muséum-Jardin de l’Arquebuse de Dijon et botaniste indépendant chez Flore.Biodiv21

D’un point de vue botanique, la classification des orties est chose complexe. Fleurs et fruits sont quasiment semblables chez les espèces du genre Urtica. Les différences dans le port des plantes, les feuilles, etc., sont subtiles, et des variations s’observent au sein d’une même espèce. Dernièrement, les analyses moléculaires ont résolu certaines questions, mais le travail est loin d’être fini et de nombreuses espèces restent à étudier, notamment les espèces endémiques, telle l’Ortie vert noirâtre, qui ne pousse qu’en Corse et en Sardaigne. La Grande ortie a été subdivisée en sous-espèces, mais ces classements font débat et sont en cours d’évolution. En 2022, la sous-espèce subinermis, encore jamais observée sur la région, a été découverte en bord de Saône en Côte-d’Or. Presque sans poils urticants et à feuilles allongées, elle est peu connue. Des planches d’herbiers de cette plante ont été intégrées aux collections du Muséum-Jardin de l’Arquebuse de Dijon.