L’Azuré des paluds, un exigeant papillon en danger

Publié par Bourgogne-Franche-Comté Nature, le 22 novembre 2021   120

Xl illustration azure gilles macagno

Papillon fascinant, l’azuré des paluds est menacé dans notre région…

La femelle de ce petit papillon bleu lié aux prairies humides ne pond ses œufs que sur une seule espèce de plante, la sanguisorbe officinale, que l’on nomme sa plante hôte. Mais ses exigences ne s’arrêtent pas là. Comme tous les papillons de son genre, le cycle de vie de l’Azuré des paluds dépend non seulement de la présence de sa plante hôte, mais également de l’action d’une fourmi…

Un cycle de vie surprenant

Les œufs déposés sur la sanguisorbe donnent naissance à une chenille, qui va se nourrir de sa plante hôte. Elle se laissera ensuite tomber à terre, afin de pouvoir être repérée par une espèce de fourmi du genre Myrmica.La chenille cherchera alors à leurrer la fourmi, en imitant ses phéromones et en produisant du « miellat » dont elle raffole, dans le but d’être adoptée et conduiteau sein de la fourmilière.

Une fois bien au chaud, dissimulée par les phéromones qu’elle sécrète, la chenille sera soignée comme une fourmi reine. Elle évoluera ainsi parmi ses hôtes, se nourrissant de leur couvain. La chenille passera toute la mauvaise saison au sein de la colonie, calquant son activité sur celle des fourmis et poursuivant son développement jusqu’à se transformer en chrysalide, puis devenir papillon et rejoindre l’air libre !

Le cycle de vie complexe de ce papillon illustre à merveille l’interdépendance qui existe entre les espèces et la nécessité de préserver l’ensemble des maillons d’une chaîne…

Une espèce menacée

Particulièrement fragile, l’Azuré des paluds est aujourd’hui considéré « En danger critique d’extinction » sur la liste rouge régionale ! Sa survie est directement menacée par la dégradation de son milieu naturel, liée à une intensification des pratiques agricoles ou à la fermeture naturelle des prairies, qui portent atteinte aux populations de sa plante hôte, la sanguisorbe officinale.

Un projet pour préserver l’Azuré des paluds

Afin de protéger les 3 dernières stations franc-comtoises de l’espèce, couvrant à elles seules près de 70 ha et rassemblant plusieurs dizaines d’individus, il est essentiel d’encourager l’évolution des pratiques de gestion. C’est pourquoi, le Conservatoire botanique national de Franche-Comté – Observatoire régional des Invertébrés (CBNFC-ORI) lance en 2021, en concertation avec ses partenaires comme le Parc naturel régional du Haut-Jura et le CEN Franche-Comté, un projet dédié à l’accompagnement et la formation des acteurs locaux intervenant sur les secteurs de présence de l’azuré !


Le mot de l'experte

Justine Amiotte-Suchet - chargée de communication au Conservatoire botanique national de Franche-Comté - Observatoire régional des invertébrés

Comment le projet va permettre la conservation de l’espèce ?

Les premières étapes de ce projet de préservation, consistant à étudier l’espèce et à préciser ses exigences, puis à inventorier précisément ses populations et secteurs de présence, ont déjà été engagées. Viendra ensuite le développement d’outils de formation à destination des exploitants et la mise en place d’actions d’information et de sensibilisation (populations locales, élus, agents techniques…). Le but est d’encourager le dialogue et de favoriser l’appropriation des différents enjeux par tous, tout en donnant à chacun les moyens d’agir à son niveau, en conciliation avec ses activités respectives…


Pour en savoir plus

Ce projet porté par le CBNFC-ORI a reçu le soutien de la Fondation « Nature et Découverte ». Plus d’infos sur le site : www.cbnfc-ori.org


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Crédit illustration ©Gilles Macagno