Biodiversité : un sauvetage prioritaire

Publié par Bourgogne-Franche-Comté Nature, le 26 octobre 2022   140

Prairies réduites en savanes, ruptures d’eau, incendies... La réalité du changement climatique devient de plus en plus palpable, mais ne doit pas occulter une autre catastrophe non moindre : l’effondrement de la biodiversité.

Pourquoi avons-nous un impact sur la biodiversité par notre seule présence ?

La biodiversité, c’est la diversité du vivant. Elle dépend du nombre d’espèces, mais aussi d’individus : un milieu composé de 30 espèces où l’une représenterait 90 % des individus serait moins divers qu’un milieu où les 30 espèces coexisteraient dans des proportions équivalentes. Aujourd’hui, par sa propre biomasse*, l’humain abaisse la biodiversité. Nous représentons à nous seuls 36 % des mammifères et nos animaux domestiques 60 %. La planète ne porte plus que 4 % de mammifères sauvages ! Il ne s’agit pas de remettre en question notre propre existence, mais on comprend à quel point la moindre atteinte à cette biodiversité déjà extrêmement affaiblie peut s’avérer considérable. Or le vivant s’effondre à vue d’œil : ces 50 dernières années, la taille des populations d’insectes a diminué de trois quarts, celle des oiseaux de moitié. Et les espèces disparaissent à une vitesse 10 à 1 000 fois supérieure à celle des crises d’extinction des temps géologiques, qui ont abouti à des changements majeurs (dont le passage du règne des dinosaures à celui des mammifères).

Pourquoi sommes-nous frappés d’amnésie environnementale ?

Il n’y a guère que les naturalistes pour constater l’effondrement en cours. Face aux marchands de doutes, le quantifier par des méthodes scientifiques est primordial pour objectiver ce qui se produit.

Cependant, cela reste insuffisant car le commun des mortels ne remarque rien, à moins qu’on ne le lui pointe. Chacun pourtant peut se souvenir, par exemple, qu’il y a 20 ans, les lampadaires la nuit étaient entourés de myriades d’insectes et que les parebrises des voitures en étaient couverts... Sauf qu’au quotidien, on se contente de penser que l’absence actuelle est normale. C’est oublier que nous évoluons désormais dans un système à risque.

Qu’est-ce qui explique cette vulnérabilité du système ?

Un champ en monoculture, de fait très pauvre en biodiversité, est particulièrement exposé aux aléas climatiques, aux nuisibles, et demande l’intervention permanente de l’agriculteur. À l’opposé, dans un contexte de biodiversité plus riche, par exemple celui d’une forêt naturelle, grâce au fait que chaque espèce est sensible à des paramètres écologiques différents, le système est à la fois résistant et résilient*. Les systèmes pauvres en biodiversité sont moins stables et plus fragiles. La pandémie de Covid-19 en est une illustration. Les scientifiques avaient prédit ce genre de phénomène, mais d’autres crises semblent nécessaires pour que chacun passe de la prise de conscience aux actes. Le « monde d’après » est si peu différent du « monde d’avant » ! Pour s’en sortir, il est prioritaire d’engager une vaste politique de préservation des habitats peu anthropisés* (« land sparing » en biologie de la conservation), mais aussi de faire du « land sharing » en redonnant une place à la biodiversité dans notre environnement immédiat. 


Le mot de l'expert

Patrick GIRAUDOUX, Professeur émérite d’écologie à l’Université de Bourgogne Franche-Comté, Unité de recherche Chrono-Environnement

Sommes-nous prêts pour accueillir le sauvage ?

Pour des raisons climatiques, les villes seront de plus en plus vertes, ce qui accroîtra la présence des animaux en milieux urbains. Si ce fait est très positif, il n’en reste pas moins que côtoyer la faune sauvage s’apprend. Par exemple, il ne faut pas attirer les renards en leur donnant des croquettes, et comprendre que par leurs déjections, ils peuvent véhiculer des parasites responsables de maladies. Le land sharing suppose un savoir-vivre vis-à-vis de la faune sauvage que nous devons acquérir. D’un point de vue biologique, nous sommes véritablement illettrés. L’enjeu de la biodiversité dans son ensemble appelle la formation de chacun dans ce domaine. La lecture de cette rubrique de journal constitue un premier pas. L’éducation doit se généraliser. 


Mini-glossaire

Anthropisé : transformé et occupé par l’Homme.
Biomasse : masse totale des organismes vivants.
Résilient : capable de se reconstituer suite à une crise.

Pour en savoir plus

Enrichissez votre culture de la biodiversité à travers la lecture du n° 34 de la revue BFC NATURE. Découvrez aussi un article sur le savoir-vivre avec la faune sauvage : https://theconversation.com/faire-du-tourisme-vert-et-nourrir-les-animaux-quels-risques-pour-notre-sante-et-la-leur-181277 et une vidéo pour mieux comprendre à quoi sert la biodiversité : https://www.youtube.com/watch?v=B9y55oTV7zw.


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Crédit illustration © Daniel ALEXANDRE