Une sauterelle cavernicole découverte en Côte-d’Or

Publié par Bourgogne-Franche-Comté Nature, le 22 janvier 2026

Plusieurs dizaines de sauterelles décolorées en milieu souterrain ont créé la surprise chez des spécialistes des chauves-souris.

Dans quel contexte la Sauterelle des grottes a-t-elle été découverte ?

Dans quel contexte la Sauterelle des grottes a-t-elle été découverte ?

C’est en janvier 2023, durant une prospection chauves-souris par le Groupe Chiroptères Bourgogne que l’espèce, qui a pour nom scientifique Dolichopoda azami, a été vue pour la première fois sur la région, en Côte-d’Or. C’était tout à fait inattendu, car elle n’était répertoriée que dans le sud-ouest des Alpes, dans les régions Provence-Alpes-Côte d’Azur et Auvergne-Rhône-Alpes. L’observation la plus au nord était localisée vers Grenoble. Or les dolichopodes appartiennent à une famille avec de nombreuses espèces cavernicoles ayant un fort taux d’endémisme* : les insectes vont rarement hors de la cavité dans laquelle ils sont installés, ce qui les rend géographiquement isolés. Une introduction involontaire d’origine humaine est l’hypothèse privilégiée pour expliquer la présence de la Sauterelle des grottes en Bourgogne. La cavité correspondant à une ancienne carrière, il pourrait s’agir d’une arrivée lors de transport de matériel.

A quoi ressemble-t-elle ?

L’identification de l’espèce repose sur des critères très complexes : forme des fémurs, pièces reproductrices… Cependant, le genre est bien reconnaissable, avec un morphe typique des insectes vivant dans le noir. De taille assez classique pour une sauterelle, il a de très longues antennes, utiles pour sonder l’environnement. Car avec ses yeux réduits, il est quasiment aveugle. Son corps est très pâle, dépigmenté. Il ne possède ni ailes, ni tegminas, ces ailes coriaces présentes chez la majorité des orthoptères*. Ainsi, il n’a recours qu’au saut pour se déplacer et n’est pas capable de striduler.

Que sait-on de l’espèce ?

Ces sauterelles sont globalement peu étudiées et compliquées à connaître du fait de leur milieu. On sait que leur cycle biologique est semblable aux autres orthoptères, avec des œufs pondus dans le sol, un stade juvénile, puis des mues successives jusqu’à un stade adulte. Comme cela a été remarqué au moment de la découverte sous le faisceau des lampes, elles fuient la lumière. Sur le plan alimentaire, on suppose qu’elles se nourrissent de débris végétaux, de champignons et de restes d’insectes. Nous avons aussi pu constater du cannibalisme. Quelques excursions aux abords immédiats des grottes ont été rapportées dans le Sud, les individus prédatant alors d’autres invertébrés.

Quentin BARBOTTE, Entomologiste à la Société d’histoire naturelle d’Autun-Observatoire de la faune de Bourgogne

Il est peu probable qu’une espèce telle que la Sauterelle des grottes soit passée inaperçue dans les milieux souterrains régulièrement explorés. Les chiroptérologues rencontrent occasionnellement des papillons de nuit ou des araignées dont ils prennent la photo pour que nous puissions les identifier. Les spéléologues font également remonter des données, mais aucune sauterelle cavernicole n’avait auparavant été signalée en Bourgogne-Franche-Comté. La découverte a eu lieu dans un petit développement d’une centaine de mètres revêtant peu d’intérêt pour des spéléologues, et non encore prospecté pour les chiroptères. Nous ignorons donc depuis quand l’espèce est implantée. Désormais, nous jetons fréquemment un coup de lampe dans les anfractuosités du secteur, au cas où elle se trouverait ailleurs, sans succès pour l’instant. Un passage dans la cavité où elle demeure a confirmé qu’elle était toujours là en 2025.