Un couloir migratoire se confirme pour le Milan royal en Sud Morvan

Publié par Bourgogne-Franche-Comté Nature, le 22 janvier 2026

1,65 m d’envergure, une queue échancrée, un plumage roux, gris, blanc et noir : voici venir le Milan royal, en route pour l’Espagne, empruntant un couloir bien connu de lui… et depuis peu de nous.

Qu’est-ce qui vous a amené à investiguer sur la migration du Milan royal en vallée de la Somme ?

Le suivi migratoire des oiseaux n’est pas ancré dans la culture ornithologique de Bourgogne-Franche-Comté. Au départ, les membres fondateurs de notre collectif se sont mis à regarder la migration postnuptiale dans le val d’Arroux par jeu et curiosité, ayant remarqué le passage d’un certain nombre d’individus à l’automne. À partir de 2013, nous avons établi un protocole d’observation, que nous avons affiné au fil des ans. Ce travail a permis de mettre en évidence que la moyenne vallée de l’Arroux constitue un couloir de migration majeur pour le Milan royal sur la région. Quelques années après, l’association Nature et Paysages en Sud-Morvan nous a interpellés, se demandant si ces oiseaux passaient ensuite par chez eux. Un suivi a ainsi également été lancé, avec un point d’observation à Marly-sous-Issy, en bordure d’Issy-l’Évêque.

Qu’a donné le suivi ?

Lorsque l’équipe en amont détectait de grands vols de quelque 200 oiseaux facilement repérables, elle prévenait en direct celle en aval, sachant qu’il fallait environ ¾ d’heure aux migrateurs pour rallier le 2e point. Le taux de correspondance des effectifs s’est révélé significatif, de l’ordre de 80 %, amenant ainsi la preuve que le Sud Morvan fonctionne comme une seule entité. Nous avons aussi découvert une spécificité à Marly : la présence récurrente de dortoirs, avec jusqu’à près de 80 oiseaux faisant halte pour la nuit sur les mêmes arbres morts dominant le paysage. Nous débutons cette année la 8e campagne, recensant durant 10 jours en octobre tous les migrateurs observés, avec toujours une attention particulière portée sur le Milan royal.

Peut-on vraiment parler de « couloir migratoire » ?

Bien que le relief soit modeste, il donne lieu à un couloir de migration clairement défini. Dans le prolongement de l’Arroux, les oiseaux survolent un bourrelet forestier vers Luzy, puis poursuivent sur la vallée de la Somme dans le même axe nord-est/sud-ouest. La campagne façonnée par la polyculture élevage, le labour des parcelles en octobre, ainsi que l’existence de gros arbres participent certainement à l’attractivité des lieux. Le Milan royal est une espèce protégée à haute valeur patrimoniale. Ce couloir migratoire stratégique se doit d’être préservé. Des études d’impact pointues méritent d’être conduites avant tout projet d’aménagement.

Olivier LÉGER, Ornithologue du collectif Migr’Arroux

D’année en année, nous observons plus de milans royaux. Certes, l’espèce se porte mieux – même si elle n’a pas retrouvé ses effectifs des années 1990. Mais cela seul ne peut expliquer ce bond que d’autres sites migratoires ont aussi constaté, comme au Crêt des Roches. Des dégradations de l’environnement sur d’autres secteurs pourraient-elles provoquer un report sur notre région ? Nous n’en savons rien. Quel autre site joue le rôle de dortoir avant celui de Marly, sans doute aux environs d’Arnay-le-Duc au regard de la durée moyenne de vol des rapaces ? Combien d’oiseaux restent inaperçus ? Quels facteurs entrent en compte les jours où sont enregistrées plus d’observations ? Nos suivis ont apporté des réponses, et fait aussi émerger de nouvelles questions, plus que nous n’en avions au commencement ! Et nous ne nous lassons pas. Les néophytes qui nous rejoignent sont ravis et surpris : on n’a pas idée de tous les oiseaux qui passent au-dessus de nos têtes !