Les héronnières, melting-pot à tous les étages

Publié par Bourgogne-Franche-Comté Nature, le 22 janvier 2026

Solitaire presque toute l’année, le héron cendré montre en avril un instinct colonial lorsqu’il construit son nid. Observer ses regroupements est alors un bon moyen de découvrir d'autres Ardéidés.

Quels hérons peut-on voir nicher en colonies sur la région ?

Parmi les cinq espèces, le héron cendré, de couleur grise, est le plus connu et le plus grand. Il mesure environ 1 m. D’une taille quasi équivalente, le héron pourpré a un cou brun ocre rayé de noir. Les autres espèces font seulement 50 à 60 cm. D’un blanc immaculé, l’aigrette garzette a deux plumes, dites aigrettes, qui descendent le long de sa nuque. Tout aussi blanc, le héron garde-bœufs se pare d’orangé en période nuptiale sur la tête, la poitrine et le bas du dos. Le bihoreau gris est très contrasté, avec une calotte et un dos noirs, le reste gris. Une sixième espèce n’a été recensée nicheuse qu’une fois en Saône-et-Loire et dans le Jura, le crabier chevelu. C’est le préféré de beaucoup d’ornithologues, avec ses multiples aigrettes, son dos brun et son dessous blanc.

Pourquoi ces oiseaux forment-ils des colonies et comment sont-elles constituées ?

À part occasionnellement pour le bihoreau gris, ces hérons nichent toujours en groupe, probablement pour mieux se protéger. Le mélange d’espèces est courant. Le héron cendré est l’attracteur principal. Il s’installe en hauteur et les autres se répartissent sur les étages libres, dessous ou autour. L’aigrette garzette se retrouve souvent tout en bas. Jusque dans les années 1980, le héron cendré nichait dans les chênaies, mais l’exploitation forestière l’a fait changer d’habitat pour élire principalement des arbres sur des rivières et des étangs. Les héronnières ne sont quoi qu’il en soit jamais loin d’une zone humide, les hérons se nourrissant majoritairement de poissons et d’amphibiens et les besoins d’une colonie étant importants.

Ces espèces sont-elles communes en Bourgogne-Franche-Comté ?

Le héron cendré a gagné du terrain entre les années 1980 et 2010 pour annexer tous les cours d’eau de la région. Toutefois, sa population a actuellement tendance à diminuer, avec 263 colonies connues. Celles-ci sont aussi plus petites qu’auparavant : en moyenne 10 à 20 nids par colonie, au lieu d’une quarantaine il y a 40 ans. Le héron garde-bœufs a commencé à nicher en Saône-et-Loire en 1995, et a depuis investi toute la région, à l’exception de l’Yonne et du Territoire de Belfort, avec 19 colonies. Sa progression est exponentielle, comme au niveau national. L’aigrette garzette et le bihoreau gris connaissent une augmentation moindre, avec une vingtaine de colonies chacun.

Jean-Marc FROLET, Ornithologue bénévole à la LPO Bourgogne-Franche-Comté

Les effectifs du héron pourpré semblent s’accroître, mais les comptages doivent être interprétés avec prudence. L’espèce a la particularité d’investir les phragmitaies* et saulaies, ce qui complique l’observation. Même si la dynamique est globalement positive pour tous ces hérons, il ne faut pas oublier qu’ils ont failli disparaître. Au 19e siècle, ils ont été considérés comme nuisibles parce qu’ils étaient mal vus des pisciculteurs, et entre les deux guerres, les aigrettes étaient utilisées en plumasserie pour décorer les chapeaux. Chasser l’aigrette garzette est devenu interdit à partir de 1964, et la protection s’est étendue aux autres hérons dix ans plus tard. Les effectifs se sont peu à peu reconstitués, mais il convient de demeurer vigilant. La conservation de ces espèces implique qu’elles ne soient pas chassées et que des milieux humides soient préservés en quantité et en qualité suffisantes. Or cet aspect qualitatif laisse aujourd’hui à désirer.