La Nielle des blés, une reine des champs en déclin
Publié par Bourgogne-Franche-Comté Nature, le 22 janvier 2026

La bien nommée Nielle des blés a pour nom scientifique de genre Agrostemma, « couronne des champs ». Elle laisse un goût amer dans les farines, ce qui pourrait lui coûter très cher.
Comment reconnaître la Nielle des blés ?
C’est une plante extrêmement facile à identifier qui mesure jusqu’à 1 m de haut. Entre fin avril et début juin, ses grandes et jolies fleurs rose violacé attirent l’œil même du non averti. Les corolles* de 2 à 4 cm dépassent juste des céréales parmi lesquelles l’espèce pousse essentiellement. Car la Nielle des blés est une « messicole », une plante des champs. Comme d’autres messicoles tel que le Bleuet, elle se trouve quasi exclusivement à l’intérieur des cultures, et très rarement en bord de champs. Ses longues feuilles ressemblant à celle du blé ou de l’orge par leur forme comme par leur couleur, on ne la repère que difficilement avant sa floraison.
Pourquoi était-elle autrefois peu appréciée ?
Mélangées à la farine, ses graines donnent un goût amer et une teinte bleuâtre au pain. On a longtemps craint une toxicité pour les humains, mais elle n’est pas avérée. Seuls des décès de lapins, de poules et de veaux qui avaient ingéré une énorme quantité de graines ont été rapportés. Au Moyen Âge, on envoyait les femmes et les enfants cueillir la Nielle des blés dès l’apparition des fleurs. On sait qu’au 19e siècle, on donnait aux populations pauvres les aliments trop « niellés ». Aujourd’hui, l’espèce demeure une indésirable pour les agriculteurs, y compris biologiques, soucieux de fournir des produits de qualité. Il en est de même pour les brasseurs, qui exigent zéro graine de Nielle dans les parcelles d’orge.
Comment se porte la Nielle ?
L’intensification des pratiques agricoles a conduit à sa raréfaction : utilisation d’herbicides, amélioration des techniques de tri des semences, augmentation des apports en azote, dates de moissons précoces… si bien qu’en Belgique, la Nielle des blés est considérée comme disparue. Elle figure sur la liste rouge des espèces menacées de 21 des 35 territoires européens où elle est présente. En Bourgogne, elle est classée en danger. Elle reste rare, mais fait dernièrement davantage d’apparitions en Côte d’Or, peut-être du fait du développement de l’agriculture biologique et de cultures telles que le petit épeautre par nature peu intensives. Semences de ferme et moissonneuses-batteuses contribuent à y semer et disperser l’espèce. L’année 2024 a été favorable, avec un printemps pluvieux peu propice aux pratiques de désherbage.


Emeline FELTEN, assistante ingénieure et Bruno CHAUVEL, chercheur à l’unité mixte de recherche Agroécologie, INRAE* Bourgogne-Franche-Comté
Si vous avez la chance de rencontrer la Nielle, il ne faut surtout pas en faire de bouquet. Regardez-la, faites un selfie si vous le souhaitez, mais ne la cueillez pas ! Vous pouvez aussi transmettre votre observation à INRAE* à Dijon. Plus encore que le Coquelicot, la Nielle est un symbole et un indicateur d’une agriculture faiblement intensive, sans produits de synthèse. La survie de l’espèce est totalement dépendante des pratiques agricoles. Les tentatives menées par le passé pour conserver artificiellement des espèces dans des espaces spécialement créés ont échoué. C’est grâce à des agriculteurs sensibilisés à la biodiversité qui réserveront quelques mètres carrés de zones refuges que la Nielle des blés échappera à l’extinction. La Nielle des blés est de plus en plus employée par les paysagistes dans des bandes fleuries, mais ces introductions artificielles ne sont pas vraiment souhaitables et il serait préférable de reconstituer des milieux favorables à cette jolie mauvaise herbe.
