L’émerveillement, antidote à l’ignorance naturaliste
Publié par Bourgogne-Franche-Comté Nature, le 22 janvier 2026

Président du Muséum national d’histoire naturelle de 2015 à 2023, Bruno DAVID ne cesse d’appeler à l’éveil du regard sur notre planète et le vivant, pour in fine participer au changement.
Quelle est la genèse de votre devise pour le Muséum « Émerveiller pour instruire » ?
Au moment où j’ai préparé ma première candidature à la présidence du Muséum, j’ai réfléchi au meilleur moyen d’instruire les citoyennes et citoyens sur un registre scientifique. Pour moi, c’est en faisant appel à l’émotion, fixatrice de mémoire. Si les gens vont dans les musées, c’est d’ailleurs bien pour ressentir une émotion face à un objet. Pourquoi se déplacer à l’Orangerie voir les Nymphéas de Monet dans des conditions moins optimales que sur sa tablette ? Pour l’émotion ! Or je considère le monde vivant et la planète comme d’extraordinaires sujets d’émerveillement. Sur la vingtaine de pages décrivant ma vision pour le Muséum, la formule « Émerveiller pour instruire » a retenu l’attention de la directrice de la communication, et c’est ainsi qu’elle a accompagné mes mandats.
Comment s’est-elle concrétisée dans votre parcours ?
De bien des façons, notamment par des expositions temporaires. Pour « Océans », j’ai tenu à ce qu’il n’y ait ni requin, ni dauphin, ni baleine, pour surprendre, par exemple, par la beauté du plancton. En 2018, nous avons fait venir pour la première fois en France un T. rex, qui a fasciné les visiteurs, en particulier les plus jeunes. J’ai mis en place les « Illuminations » au Jardin des Plantes. Chaque fois, il s’agissait d’émerveiller tout en instruisant, avec derrière un message scientifique robuste. Reconnaître l’importance des objets ne signifie pas pour autant se couper des nouvelles technologies. Aussi, nous avons présenté « Mondes disparus », une immersion en réalité virtuelle pour parcourir 3 milliards d’années d’histoire du vivant. « L’Odyssée sensorielle » proposait quant à elle une traversée par les sens de huit environnements, de l’équateur aux terres gelées du Groenland.
Qu’est-ce qui est pour vous source d’émerveillement dans la biodiversité ?
Tout m’émerveille. Depuis la fenêtre de mon bureau au Muséum, j’ai admiré et pris d’innombrables photos de l’immense platane planté par Buffon en 1785. Je suis aussi de plus en plus attiré par les petites choses : le pistil d’une fleur, le micro-escargot sous une mousse… Cela implique un geste supplémentaire, s’accroupir, ce qui rend l’observation plus active. Il faut se réapproprier la capacité d’observation et la curiosité qu’ont les enfants, dont sont dépourvus tant d’adultes. Une collègue du Muséum invitait à prendre 5 minutes par jour pour observer le monde qui nous entoure. Cela peut changer votre philosophie.

Bruno DAVID, Ancien Président du Muséum national d’histoire naturelle
Nous vivons une période paradoxale. Les gens ne réalisent pas la crise environnementale en cours, parce qu’ils sont complètement déconnectés de leur environnement et ignorants de tout ce qui touche à la biodiversité. On ne peut s’intéresser à ce qu’on ne connaît pas. Mon grand-père, qui n’avait pas fait d’études, en savait plus sur l’histoire naturelle que les professeurs des écoles d’aujourd’hui. La culture naturaliste fait défaut à la plupart d’entre nous. C’est catastrophique. Vous passerez pour un ignare en affirmant que Victor Hugo a eu le prix Goncourt pour Le Bourgeois gentilhomme, mais dire qu’une huître est un crustacé ne choquera personne. Ces erreurs sont pourtant du même ordre, et la dernière est à mon sens bien plus problématique, car elle peut avoir un impact notamment sur la façon dont vous envisagez la protection de l’environnement.
