Côte-d’Or : près de 1 000 pièces historiques issues de fouilles illégales remises à l’État
Publié par Laurent Mogard, le 22 octobre 2026
Une page d'histoire confisquée vient de retrouver le domaine public. Mercredi 11 mars 2026, la préfecture régionale à Dijon a accueilli une cérémonie solennelle marquant la restitution de 984 artefacts archéologiques à la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) de Bourgogne-Franche-Comté. Cet ensemble exceptionnel, arraché illégalement à la terre durant une décennie par un prospecteur amateur, avait été intercepté par la brigade des douanes d’Auxerre.
Parmi les pièces récupérées figurent 519 monnaies anciennes ainsi que 465 objets historiques divers. La variété chronologique donne le vertige : des statères et quinaires gaulois du IIe siècle avant notre ère côtoient des deniers romains, une pointe de lance de l’Âge du Bronze, un écu du XVe siècle, un louis d'or frappé en 1736, mais aussi des boucles de ceinture, des fibules ou des dés à coudre s'étirant jusqu’à la IIIe République.
Dix ans de fouilles illégales dans l’Auxois trahies par les réseaux sociaux
Le dénouement de cette affaire trouve son origine à l'automne 2024 grâce à la veille numérique d’Enguerrand Delauney, agent des douanes spécialisé dans la lutte contre le trafic des biens culturels. Repéré alors qu’il exposait fièrement ses trouvailles sur internet, l'auteur des faits résidant en Côte-d'Or a rapidement été convoqué. Lors de son audition, l'homme a reconnu utiliser son appareil de prospection depuis une dizaine d’années dans un périmètre d'une vingtaine de kilomètres autour de son domicile, au cœur de l'Auxois.
Bien qu’il ait affirmé ne pas revendre ses découvertes, l'intéressé a écopé d'une forte amende douanière, accompagnée de la confiscation immédiate de l’ensemble de ses appareils et de sa collection illicite. Les autorités rappellent une règle intangible : tout vestige enfoui appartient par défaut à la nation. Si l'usage d'un appareil électronique sans déclaration préalable relève de la contravention, creuser pour extraire des éléments archéologiques constitue un délit pénal.

Du pillage à la médiation scientifique sur le site de Bibracte
Au-delà de l'estimation financière chiffrée à plusieurs dizaines de milliers d'euros, le préjudice demeure avant tout documentaire. En arrachant ces vestiges à leurs couches stratigraphiques d'origine, l'auteur a détruit de précieuses informations chronologiques. Comme le rappelle Paul Mourier, préfet de région, le patrimoine constitue un bien commun dont l'intérêt réside dans son témoignage historique plutôt que dans sa valeur marchande. Sans son contexte de sédimentation, un objet perd l'immense majorité de sa portée scientifique.
Pour offrir une seconde vie à ce patrimoine mutilé, l'État a décidé de transférer l'ensemble des pièces au centre de conservation et d'expertise archéologique de Bibracte, situé entre la Nièvre et la Saône-et-Loire. Les chercheurs vont pouvoir étudier ces éléments, qui serviront également de supports pédagogiques lors d'ateliers de vulgarisation scientifique auprès des écoliers.
Ce cas illustre un phénomène d'une ampleur inédite à l'échelle nationale. Selon Jean-Philippe Labattut, directeur régional des douanes de Dijon, près de 250 000 utilisateurs d'appareils de détection sont actuellement recensés dans l'Hexagone, générant le déterrement illégal de plus de deux millions d'artefacts chaque année. Face à ces pratiques destructrices pour la mémoire collective, les services de l'État renforcent leur vigilance pour que les témoins de notre passé restent accessibles à tous au sein des collections publiques.
