Canettes et barbelés, du fil à retordre pour la faune

Publié par Bourgogne-Franche-Comté Nature, le 27 mars 2026

Au-delà du triste décor qu’ils offrent dans nos paysages, bouteilles jetées dans les talus et fils de tous ordres s’avèrent des pièges involontaires redoutablement efficaces.

En quoi canettes et bouteilles abandonnées constituent-elles des pièges ?

Comme je dis toujours : « Les hommes boivent, les micromammifères trinquent » ! Qu’ils soient en verre, en aluminium, ou en plastique, si ces détritus reposent à plat, ou l’ouverture orientée vers l’amont en cas de pente, les insectes viennent y boire l’eau de pluie, ou les restes de sucre ou d’alcool, et restent collés ou noyés. Musaraignes, souris, mulots et campagnols, eux aussi attirés par le contenu ou l’odeur des cadavres d’insectes, poussent avec leurs pattes arrière pour entrer. Une fois à l’intérieur, ils glissent, s’affolent, et meurent assez rapidement de faim, de stress, de chaud, ou de froid.

Pourquoi mener des opérations de ramassage de déchets est-il intéressant à plus d’un titre ?

Pour recueillir des données naturalistes, on peut étudier ce que renferment ces pièges en les remplissant d’eau pour les vider, puis en procédant à des déterminations par l’examen des mandibules. Il m’est arrivé de dénombrer pas moins de 32 cadavres de micromammifères de 6 espèces différentes, dont 2 protégées, dans une seule bouteille d’1 litre ! En collectant et en recyclant les canettes en aluminium, je gagne 100 € par trimestre. J’encourage les collégiens et lycéens à faire de même avec toutes les canettes qui jonchent les abords de leur établissement.

Pourquoi les fils représentent-ils également un danger ?

Filets de pêche, filets de boules de graisse pour oiseaux… Tous les fils qui traînent dans la nature peuvent causer la mort, en particulier par pendaison. Par exemple, il arrive souvent que les pêcheurs accrochent du fil de nylon dans les branches en bordure de rivière. Plutôt que de les récupérer, ils les coupent et les laissent sur place. Les animaux qui se baladent à proximité s’y coincent l’aile ou la patte, et se retrouvent prisonniers de ce fil très solide. J’ai vu des hérons, des chouettes, des corneilles et des geais pendus à ces fils. Les liens de bottes de paille, notamment, sont employés comme matériaux de construction pour les nids. À l’envol, ces fils peuvent se prendre dans les serres et piéger les oiseaux, comme je l’ai constaté avec des faucons crécerelles, des hiboux moyens-ducs, ou des hirondelles, victimes de fils plus courts. En ville, on remarque beaucoup de pigeons dont il manque des doigts, ou dont les doigts sont gonflés : leurs pattes s’emmêlent dans de petits fils qui leur font des garrots.

Jean-François NOBLET, Naturaliste, Auteur, Coprésident de l’association Le Pic Vert

Il y a de moins en moins d’éleveurs, mais il y a de plus en plus de fils barbelés inutiles ! Ils sont pourtant extrêmement dangereux, y compris pour les marcheurs qui risquent de s’y sectionner les artères fémorales. En Suisse, plusieurs cantons ont interdit les barbelés pour parquer le bétail. Des alternatives existent. Il est aujourd’hui facile de disposer des clôtures électriques fonctionnant avec un panneau solaire. Je conseille d’organiser des campagnes pour enlever les barbelés qui ne servent plus. Les grands oiseaux comme les chouettes, ou encore les chauves-souris, se heurtent aux grappillons. Ils tournent autour pour s’en libérer, mais ce faisant, se déchirent les tendons. On ne peut alors plus sauver l’animal. Si vous rencontrez une victime, ne tentez pas de la manipuler, cela augmenterait sa souffrance. Coupez le barbelé au plus près de l’animal pour le délivrer.